Il y a quelques minutes je disais à Mathilde que je devais me coucher, mais un beau poème de ses mains me fait penser ce soir. Le silence. Tout ce qui me viens quand je vois sans regarder, quand j'entends sans écouter. Peut être avez vous déjà ressentis cela, je pense que quand un homme regarde les étoiles et se sens petit, qu'il se tait et comprends à quel point lui et sa vie sont relatifs et finis, tout en étant persuadé de son existence et qu'il n'a que cela, alors c'est ce silence qui lui parle.
Combien de fois ais je regarder les étoiles, allongé sur un ballot de paille ou sur le capot d'une voiture, avec un ami sans que nous nous parlions durant des minutes qui paraissent être si longues que l'on en voit tout bouger ? D'autres narrent avoir ressenti cela devant les hautes montagnes, les vastes forêts, et je suis persuadé que même devant la ville riche de lumières et de sons le même sentiment nous gagne si nous cessons quelques instants d'essayer de comprendre. C'est que le monde ne peut rien pour nous, pas plus que les dieux ni que ce qu'ils ont ( ou auraient ) créé tous deux.
J'aime beaucoup une phrase de Lucrèce sur ce thème, enfin il me semble que c'est cela qu'il veut dire :
"Fais taire tes opinions, tes sentiments, tes humeurs. Efface ta personne. Alors ton guide intérieur, ne se causant plus aucun trouble à lui-même, te conduit à la chose essentielle qui est en toi : l'impassible nature universelle."
Impassible oui, muette aussi. Nous apprenons le monde, nous l'expliquons, nous le faisons entrer dans des systèmes pour qu'ensuite nous puissions codifier, prévoir, comprendre. Mais je commence à me demander, si l'on demandais à deux homme ce que c'est qu'un arbre, lequel de celui qui dit que c'est un végétal ligneux possédant racines et feuilles ou de celui qui nous dirait que l'arbre existe et ne se pose pas de questions, lequel de ces deux là nommerions nous sage ?
Nature universelle, cela m'a posé quelques problèmes avec Lucrèce, car je n'y crois pas. Mais grâce a quelques livres j'ai compris que ce que ce poète décris est le fait, difficilement explicable en si peu de mots, que nous faisons part de ce monde. Comme cela est étrange au premier abord ! Etre part d'un monde qui ne nous dis rien, être lui, enfin disons en lui, nous finis, relatifs, comme tout ce qui peut être vu, mais part d'une entité infinie et absolue.Et pourtant je crois, pour moi, que c'est le cas, que ce monde n'a pas de limites, et je suis convaincu que moi oui. Et par dessus tout je sais que ces deux choses ne sont pas incompatibles.
Et là s'arrête maintenant ma spiritualité, qui en est une : je ne crois ni en dieu, ni en la nature humaine, car elles deux n'existe pas. Je ne crois plus en aucuns déterminisme : je me fais moi même, sans divin, sans destin, sans excuses. Je suis fini dans l'infini, relatif dans l'absolu, et j'existe. Je laisse l'immortalité à ceux qui pensent en avoir besoin, le pouvoir absolu à ceux qui croient pouvoir le posséder. De ces chimères, je ne peux que juger les miasmes qui chaque jours s'échappent des action de ceux qui les vénèrent trop. Je préfère mon silence, qui au moins ne peut me mentir.
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